One Eyed Ulysses: Odyssée contemporaine

« The photographs of this voyage from the outskirts to the center of the city were made, with few exceptions, in Madrid between 2013 and 2017.«

La phrase ci-dessus fait office de conclusion au livre One Eyed Ulysses du photographe espagnol JM Ramírez Suassi. C’est également la seule explication à laquelle le lecteur pourra se raccrocher.

Cela confirme ce que je recherche dans un texte de description: il devrait inviter sans guider, suggérer sans diriger et questionner sans donner de réponses. Dans ce cas-ci, nous sommes incités à effectuer notre propre travail d’interprétation et c’est une des grandes forces de ce projet.

La couverture originale de OEU est découpée par quatre cercles, révélant pour chacun un corbeau sur un ciel bleu nuageux. Chaque oiseau s’éloigne un peu plus de l’oeil du photographe, faisant référence au voyage que va parcourir le lecteur tout au long de son épopée. Une fois le livre ouvert, l’image de ce ciel s’ouvre devant nous et nous invite à vivre pleinement l’expérience que nous propose l’auteur.

À chaque page, l’inconnu. Notre curiosité est nourrie sans cesse par cette incertitude. Les images imposent un rythme lent pour apprécier chaque détail qui les compose. Nous revenons facilement en arrière, à la manière d’un journal de bord, pour se remémorer les scènes précédentes et leur donner une nouvelle signification.

Au cours de notre expérience, nous allons passer à travers une multitude de paysages, de personnes, d’animaux et d’objets. La proximité des sujets capturés procure un sentiment immersif au récit et souligne la grande sensibilité de l’auteur pour des scènes banales, dont rien ne les destinait au départ à être sublimées.

Un escalier qui découpe une montagne créant un chemin resté inachevé, un sac plastique jaune au contenu douteux suspendu à un arbre, une bouteille de bière vide posée sur le capot d’une voiture calcinée ou des décorations de Noël posées sommairement sur un sol terreux.

Ces scènes irréelles survivent à la lecture du livre et persistent dans notre mémoire comme les souvenirs d’un périple effectué des années auparavant. Elles suggèrent également une présence humaine, lorsque celle-ci n’est pas montrée concrètement.

« We are imperfection » – Duke Ellington

Les portraits de OEU étonnent par leur composition très rapprochée. Ces compagnons d’infortunes semblent être des marginaux ou des mendiants. Le vécu transparaît frontalement sur le corps et les vêtements. Ces parias survivent à la périphérie d’une ville qui demeure inaccessible.

Il reste beaucoup à dire sur One Eyed Ulysses. Quelles significations portent ces oiseaux, qui au fil des pages volent en toute liberté, sont enfermés dans des cages ou retrouvés morts sur le sol ou le capot d’une voiture?

La dernière image du livre, un building dont les fenêtres reflètent le ciel bleu nuageux du début, fait germer l’idée que cette odyssée se déroule éternellement sous nos yeux sans que l’on n’y prête attention.

One Eyed Ulysses est un livre qui nécessite plusieurs lectures pour apprécier l’excellent travail de son auteur, mais aussi pour explorer les différentes interprétations possibles, qu’elles soient sociales, spirituelles ou mythologiques. L’auteur, en se servant de sa caméra (et de son oeil unique), devient cet Ulysse cyclope qui nous entraine à endosser avec lui ce rôle dans cette odyssée contemporaine où nous découvrons les ravages de la ville sur ses individus.


One Eyed Ulysses
NOW Photobooks
144 pages
91 photographies couleurs, impression offset
9,4 x 11,62 pouces (24 x30 cm)
Couverture rigide
Édition de 175 exemplaires (épuisé)
Sortie 2018
ISBN 978-84-09-00299-3

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