En 1963, sous l’impulsion du Général de Gaulle, la Mission Racine fut engagée avec pour objectif d’aménager les espaces littoraux de la Méditerranée dans la région du Languedoc-Roussillon.

Ces directives touristiques ont vu la création de sept stations balnéaires, ayant pour but de récupérer le flux de touristes de l’Espagne tout en empêchant une urbanisation de ces espaces afin de préserver leur attrait naturel sauvage1.

Cinquante hautes saisons plus tard (d’où le titre), Shane Lynam commença à passer la majorité de ses étés dans cette région française et à réfléchir à la relation entre le concept architectural mis en place et l’expérience ressentie par les habitants et les vacanciers.

J’ai découvert cette série lors du Festival Circulations en 2016 et j’ai tout de suite été attiré par ce travail. Outre la grande qualité des photos, je connaissais la région car j’avais passé un été à Port-Barcarès à arpenter les plages autour du bateau Lydia. J’étais donc intéressé à analyser le regard d’un photographe irlandais sur le paysage littoral français.

Le design du livre est très plaisant et la première image d’archive du littoral contraste agréablement avec les photos contemporaines. Le choix des couleurs tout au long du livre rappelle inconsciemment l’évolution de la mission. La couleur vive de la couverture suggère l’ambitieux et flamboyant objectif du projet d’aménagement alors que les tonalités pastels à l’intérieur du livre font plutôt écho à l’état actuel des infrastructures construites, usées par le temps et les rayons du soleil méditerranéen.

Avec une reliure permettant d’ouvrir complètement le livre, les doubles pages sont efficacement utilisées et permettent d’apprécier les scènes vides de touristes de ces lieux balnéaires.

Le jeu sur les couleurs, les formes et les lignes est incontestable, mais il serait malhonnête de réduire le travail de Shane Lynam à ces seules caractéristiques. Sa façon de capter le paysage urbain met au premier plan la cohérence (parfois discutable?) des décisions prises au cours de cette mission sur un scénario à long terme.

Les bâtiments de fête forraine et de parcs aquatiques semblant être laissés à l’abandon sont d’une beauté hypnotisante de par leur choix de distance. Ces photographies placent le lecteur entre deux: assez proche pour en apprécier les détails et plus éloigné pour constater du triste destin actuel.

Fifty High Seasons est un ouvrage qui mérite plus d’attention par rapport aux grosses sorties de 2018. Le regard de Shane Lynam pour ces lieux touristiques procure un sentiment de fascination rapidement addictif.

Tout en ayant la sensation d’être aux premières loges d’une répétition d’un spectacle démodé qui n’aura plus lieu, nous sommes aussi les témoins du résultat de cinquante années de tourisme d’un projet d’ urbanisme qui a changé inexorablement le paysage littoral français.


Pour approfondir sur le sujet, je ne peux que vous conseiller la lecture des articles de Colin Pantall et de Christer Ek.


1. La Mission Racine: 53 ans après, quel bilan pour la « Nouvelle Floride », Aqu’istòria, https://aquistoria.wordpress.com/2017/07/19/la-mission-racine-53-ans-apres-quel-bilan-pour-la-nouvelle-floride/